15 Nov 2018

Provence-Alpes-Côte-d’Azur une agriculture en mutation

La Chambre régionale d’Agriculture de la région Paca. La Chambre régionale d’Agriculture de la région Paca.
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Façonnée par l’extrême variété de ses paysages, de ses climats et de ses sols, l’agriculture de la région Paca se distingue par une  très grande diversité de productions. La Chambre régionale d’Agriculture a entrepris avec succès d’organiser ces productions en en mutualisant les stratégies et les orientations, seule façon, selon André Pinatel, son Président, d’en optimiser la cohérence et partant, la compétitivité.

Andre PinatelAgriculture Internationale - Quelles sont les productions phares de l’agriculture et de l’élevage en région PACA et comment la Chambre régionale en accompagne-t-elle les choix stratégiques et la valorisation ?

André Pinatel - La région PACA produit essentiellement des fruits et légumes. Gros producteur de cerises, nous sommes surtout la première région productrice de pommes, notamment de variétés golden, royal gala, granny et pink lady. Hautes Alpes et Alpes-de-Haute-Provence fournissent 10% de la consommation nationale, soit 200 000 tonnes, auxquels s’ajoutent les 10 000 tonnes produites par le reste de la région. PACA se distingue aussi  par son maraîchage, qui produit en quantité de la salade et du melon.
La Provence est la première région pour l’élevage ovin et ses productions, parmi lesquelles un fromage fabriqué exclusivement dans les Alpes-de-Haute-Provence : le Banon, un fromage de chèvre qui est plié dans des feuilles de châtaignier. Premier maillon de la valorisation de l’élevage local, l’abattoir de Sisteron est un des premiers d’Europe et le plus grand de France qui réponde aux normes européennes.

Nos produits ovins bénéficient d’un label rouge crédité de l’IGP « Agneau de Sisteron », qui donne à nos éleveurs une position plus avantageuse sur le marché. L’élevage bovin est pour sa part surtout présent dans le département des Hautes-Alpes.

A.I. - Vous préparez actuellement une campagne de promotion de la filière bovine régionale. Autour de quels critères allez-vous articuler cette promotion ?

A.P. - Lorsque j’y ai pris mes fonctions, en 2007, la Chambre régionale prenait beaucoup moins d’initiatives qu’aujourd’hui et nous avons constaté que l’organisation de l’élevage était très éparpillée. Afin de rationaliser ce secteur, nous avons créé la maison régionale de l’élevage, au sein de laquelle toutes les filières sont représentées et dont l’administration est désormais regroupée dans un établissement régional chargé de gérer la totalité du cheptel de Provence-Alpes-Côte-D’azur. Nous avons ensuite concocté un programme destiné à normaliser les relations entre producteurs, transformateurs et prescripteurs. Ce programme donne déjà de bons résultats.

A.I. - Les producteurs de fruits et légumes de la région PACA dénoncent régulièrement les distorsions de concurrence existant entre la France et l’Espagne. Quelles mesures pourraient selon vous mettre un terme à ce problème ?

André Pinatel - Berceau du maraîchage, la région est donc en concurrence directe avec les pays du Sud, notamment l’Espagne et dans une moindre mesure le Maghreb. Cette concurrence nous a profondément déstabilisé, car nous pratiquions un maraîchage de petites exploitations, totalement désorganisées, où chacun cultivait un peu de tout. Aujourd’hui, les producteurs se sont spécialisés et on a par exemple des cultures de salades de plus de 100 hectares.

pacaMême chose pour la tomate, dont nous sommes parmi les premiers producteurs, et qui est désormais cultivées dans des serres de plusieurs hectares, chauffées par cogénération et intégrant tous les éléments nécessaires à la productions des tomates. Très onéreux à mettre en œuvre, ce mode de culture a bénéficié d’un plan serres qui a donné de bons résultats et à permis à de jeunes agriculteurs de s’installer. Nous réclamons une réglementation unique en matière d’utilisation des produits phytosanitaires. Certains produits sont en effet interdits en France, mais sont autorisés dans d’autres pays de l’Union européenne, comme l’Espagne et l’Italie.  Pour les différences de charges, c’est plus difficile. Nos charges sont plus lourdes, mais nous avons beaucoup travaillé sur l’innovation et la modernisation de nos petites structures et un petit coup de pouce des Pouvoirs publics nous permettrait de mieux gérer cette problématique.

A.I. - Les achats de produits phytosanitaires ont enregistré dans votre région une baisse de près de 8% entre 2008 et 2010. Cette tendance se poursuit-elle et si c’est le cas, quels en sont les raisons et les objectifs ?

A.P. - La Chambre régionale s’est beaucoup impliquée dans le sujet, à travers de nombreuses réunions, notamment avec la MSA sur les risques pour la santé. Nous avons fait notre possible pour informer les agriculteurs. Dans le domaine de l’agriculture biologique la Région nous a bien aidé et avec plus de 10% cultivés en bio, nous sommes désormais la première région, en termes de surface, dans ce domaine.

Bien sûr, nous bénéficions de tous nos espaces pastoraux et donc bio par nature. Le processus il est vrai a été favorisé par une forte demande locale et la mise en place des circuits courts et de la vente directe, mais aussi par le développement des rotations de cultures et la diminution des surfaces de grandes cultures, notamment de maïs.  

A.I. - Le problème de la prolifération du loup est-il en passe de trouver une solution ?

A.P. - Le loup constitue un réel problème pour les élevages. Apparu en 1993, il a su contourner toutes les mesures destinées à protéger les troupeaux et a augmenté sa pression. La grande nouveauté - pour nous porteuse d’espoir - vient de la ministre de l’écologie, qui pour la première fois a employé le terme de régulation de la population de loups. Nous souhaiterions également que les indemnisations versées en compensation des préjudices interviennent, comme en Italie, dans le mois qui suit l’attaque et non plus comme c’est encore souvent le cas en France, 10 à 12 mois plus tard, ce qui est insupportable aussi bien moralement que financièrement.

A.I. - Quelles conséquences pourraient avoir pour vous la réduction programmée  de 30% du futur budget de la PAC ?

A.P. - Notre région est la moins dotée en DPU. Donc, si une répartition était décidée, nous ne serions pas plus mal lotis qu’auparavant. Nous avons toujours sensiblement le même taux de zones défavorisées, les primes à l’herbe et les ICHN* ne seront donc pas modifiées. Pour les autres DPU et leur éventuelle harmonisation (les riziculteurs sont assez bien dotés, le blé dur bénéficie d’une prime qualité) il semble que nous n’ayons pas grand-chose à redouter. Ce qui nous préoccupe, c’est le problème de l’irrigation, dont nous souhaitons que les règles soient assouplies. Dans notre région l’irrigation est un besoin majeur, car lorsque nous irriguons en Provence, c’est pour pouvoir produire, alors que dans des régions mieux loties en ressource en eau, on irrigue pour augmenter la production. Beaucoup de nos meilleures terres ont disparu sous le béton, victimes d’une urbanisation galopante. Nous souhaitons retrouver le potentiel d’origine et pour cela que la réglementation soit adaptée à nos conditions particulières.

Si demain on nous demande de diminuer de 30% l’irrigation, nous n’aurons plus d’agriculture. Le projet de création de bassins réservoirs a été aboli par la ministre de l’écologie, mais le ministre de l’Agriculture a promis de se pencher sur le problème et voir s’il était possible que soit reconnu un besoin d’irrigation spécifique dans les régions méditerranéennes.
Depuis 2007 la Chambre régionale s’est efforcée de constituer un véritable réseau à partir des petites entités départementales autonomes qui ont pris conscience que des actions concertées étaient désormais nécessaires. Nous sommes ainsi parvenu à créer une structure d’élevage régional, qui a permis aux départements qui possédaient les plus importants cheptels de diminuer de 20 à 25% leurs factures sur l’organisation de l’élevage. Nous nous attaquons aujourd’hui de la même façon aux fruits et légumes et le challenge de la prochaine mandature sera d’organiser la production.

L’idée a trouvé un écho favorable auprès des Chambres départementales, qui nous demandent aujourd’hui d’accélérer le processus de régionalisation, ou plus exactement de mutualisation, puisque dans mon esprit, la responsabilité doit rester au département, qui doit nous indiquer clairement ce que sont ses attentes et ses souhaits d’orientations.


* Indemnités compensatoires de handicaps naturels.

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