20 Jan 2018
La Basse-Saxe passe au vert. La Basse-Saxe passe au vert.
Publié dans Régions
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Second Land d’Allemagne par sa taille, la Basse-Saxe consacre près des deux tiers de son territoire à l’agriculture et à l’exploitation forestière. Elle fournit la moitié des pommes de terre produites en Allemagne, la moitié de la volaille, plus du tiers des œufs, un tiers du porc et environ 25 % du sucre. Cinquième ministre régional de l’Agriculture issu du parti Vert, Christian Meyer prévoit de remettre les exploitations familiales ainsi que la protection de l’environnement et des consommateurs au cœur de sa politique.

Christian MeyerChristian MeyerAgriculture Internationale - Après le  Bade-Wurtemberg,  le Schleswig-Holstein, la Rhénanie-Palatinat et la Rhénanie du Nord-Westphalie,  votre nomination en tant que ministre de l’Agriculture du Land de Basse-Saxe - second plus grand Land de la République fédérale - place l’agriculture de toute la façade ouest de l’Allemagne sous la bannière de votre Parti. Quelles en seront les principales orientations et à quels critères devra désormais répondre son développement ?

Christian Meyer - La politique agricole verte garantit une protection maximale de l’environnement, des animaux et des consommateurs. Elle vise avant tout le développement d’une agriculture durable, qui exploite les sols avec parcimonie, tout en ayant une incidence aussi minime que possible sur le climat, l’environnement et les nappes phréatiques.

Nous souhaitons placer les 40 000 exploitations agricoles familiales de Basse-Saxe au cœur de notre politique, plutôt que de poursuivre la stratégie du « S’agrandir où disparaître ». Cela signifie que les tendances agro-industrielles actuelles (abattoirs intensifs pratiquant des salaires bas de 3 à 5 euros de l’heure)  ne seront plus soutenues par le Land comme l’avait fait le gouvernement précédent.

A.I. - Cette nomination traduit-elle selon vous une évolution générale des exigences en matière de qualité de l’alimentation ?

C.M. - « L’alimentation est une question d’attitude ! » : tel était l’intitulé de l’affiche la plus populaire de notre campagne électorale, sur laquelle on pouvait voir une poule élevée en plein air.  En de nombreux endroits, la Basse-Saxe oppose une vaste résistance contre l’extension de l’élevage intensif qui se caractérise par des unités toujours plus grandes. Dans le même temps, l’importance de la protection des animaux et des consommateurs va en s’accroissant. Seuls 5 % des consommateurs allemands consomment encore des œufs de poules élevées en cage.

La plupart des œufs produits en Allemagne sont issus d’élevages alternatifs. Le chiffre d’affaires réalisé avec des produits alimentaires écologiques a plus que triplé au cours de ces 10 dernières années et s’élève actuellement à 7 milliards d’euros. La consommation de viande par habitant ne cesse de diminuer. Un restaurant végétarien vient même d’ouvrir juste devant mon ministère.

A.I. - De nombreux dysfonctionnements, touchant principalement l’élevage, ont récemment défrayé la chronique, en Basse-Saxe comme dans de nombreuses régions d’Europe. Quels types de mesures permettraient selon vous de faire s’accorder qualité et compétitivité dans un contexte général de globalisation des marchés ?

Basse-Saxe pouletC.M. - L’élevage industriel pose de graves problèmes d’acceptation. Parmi ceux-ci figurent l’utilisation trop élevée d’antibiotiques ou encore la pollution des eaux par les nitrates. L’UE s’immisce largement dans la libre concurrence à travers les subventions élevées qu’elle accorde au secteur agricole. Cet argent doit être davantage orienté vers la qualité, les prestations écologiques, la protection des eaux, du sol et des animaux. Nous allons donc augmenter massivement la part des mesures agroenvironnementales destinées au deuxième pilier de la promotion de l’agriculture et transférer jusqu’à 15 % des paiements directs aux exploitants agricoles pour des prestations au service de la collectivité. Nous avons également supprimé des privilèges accordés aux grandes étables en matière de construction et renforcé les conditions pour les grandes exploitations. Ainsi, un filtre à odeur doit être impérativement installé à partir de 2 000 porcs en Basse-Saxe. Nous avons considérablement augmenté la promotion de l’agriculture biologique. Cela a été l’une de mes premières actions. La Basse-Saxe est passée de lanterne rouge allemande à la Ligue des champions de la promotion de l’agriculture biologique. De plus, nous ne soutenons la construction d’étables que si elle permet d’accroître la protection environnementale et animale et ce, jusqu’à un certain nombre d’animaux.

Mais selon moi, le plus important sur les marchés mondiaux est un étiquetage honnête des produits fondé sur les avantages qu’ils représentent en termes de protection de l’environnement et des animaux. Ce n’est qu’ainsi que les consommateurs pourront choisir sérieusement ce qu’ils consomment. Cela implique un arrêt des publicités mensongères qui laissent apparaître des poulets gambadant joyeusement dans les prés, alors que le mode d’élevage utilisé rassemble 84 000 poulets de chair dans un élevage en stabulation intensive, avec plus de 20 animaux au mètre carré.

C’est la seule manière de permettre aux exploitations agricoles, qui exercent un élevage respectueux des animaux, de pouvoir s’affirmer sur le marché. L’expérience de l’étiquetage obligatoire des œufs et des produits biologiques s’est révélée positive et a permis au consommateur de passer des mots aux actes.

A.I. - Estimez-vous que les grandes orientations de la PAC dès 2014 (rééquilibrage des aides, convergence interne, écoconditionnalité) sont globalement en accord avec vos choix et qu’elles pourront s’appliquer uniformément dans l’ensemble de l’Union européenne ?

C.M. - Nous soutenons le verdissement en tant que fondement des subventions agricoles de l’Union européenne. Nous regrettons que les États membres aient affaibli les propositions de réforme ambitieuses de la Commission. A long terme, l’objectif doit être le fusionnement intégral des paiements agricoles et des prestations supplémentaires en faveur de la protection de l’environnement, des animaux et des eaux.

Nous soutenons également les listes négatives et souhaitons que les exploitations non-agricoles telles que les compagnies aériennes, les terrains de golf, les groupes spécialisés dans l’armement et l’énergie soient exclues des paiements agricoles. La grande majorité des Länders allemands soutiennent le renforcement des aides octroyées aux exploitations agricoles par le biais d’une majoration pour les premiers hectares et d’un plafonnement des paiements directs.

A.I. - Quels sont aujourd’hui vos chantiers prioritaires et quelles réformes éventuelles pourraient être mises en œuvre par votre ministère ?

C.M. - Suite à la série de scandales ayant éclaté durant les premières semaines de mon mandat à propos de viande de cheval retrouvée dans des lasagnes, de moisissures découvertes dans du maïs importé de Serbie et des œufs mal étiquetés provenant de stabulations intensives, nous ne faisons plus confiance aux autocontrôles effectués par les entreprises en matière de protection des consommateurs. Nous augmentons donc massivement le personnel dédié aux contrôles étatiques dans le domaine des aliments pour animaux et de la protection des animaux. Les coûts supplémentaires sont facturés à l’industrie agricole par le biais de taxes. Je me réjouis de voir que cette mesure visant à renforcer la protection des consommateurs via des contrôles financés par des taxes soit désormais également proposée par la Commission européenne.

Deuxièmement, nous travaillons intensément à l’établissement d’un plan de protection des animaux élaboré par le gouvernement conservateur précédent, que nous souhaitons mettre en œuvre tel quel. Nous voulons abolir l’épointage du bec des poules au plus tard en 2016. J’ai examiné les conditions de l’interdiction de cette pratique cruelle avec des représentants des secteurs scientifique et économique en Autriche, où l’épointage des becs n’est plus pratiqué depuis 2005.

Troisièmement, nous souhaitons améliorer l’étiquetage des produits alimentaires, en incluant également la désignation du mode d’élevage. L’un de nos objectifs est que les œufs déjà transformés soient également étiquetés en fonction de ce critère. Le consommateur reconnaitra ainsi immédiatement si les œufs transformés proviennent d’élevage en cages, au sol ou en plein air. Cela renforcera les exploitations agricoles.

Il convient également, dans le cadre de l’accord de libre-échange avec les États-Unis, de veiller à ne pas abandonner nos normes européennes élevées en matière d’agriculture et de protection des consommateurs dans le domaine du génie génétique, des poulets chlorés ou des animaux clonés. Je suis persuadé d’une chose : l’avenir de l’agriculture européenne réside dans la qualité ainsi que la protection des consommateurs, des animaux et de l’environnement, mais certainement pas dans le génie génétique, l’élevage de masse et l’industrie agricole.

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