24 Sep 2018
Les richesses de la terre et de la mer au secours de la croissance Les richesses de la terre et de la mer au secours de la croissance
Publié dans Régions
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En Grèce, l’agriculture occupe désormais une place de choix parmi les secteurs les mieux à même de résister aux conséquence de la crise économique qui frappe l’Europe. Athanasios Tsaftaris, Ministre du Développement Rural et de l’Alimentation de la République Hellénique en détaille les mécanismes, les atouts et les objectifs.

Athanasios TsaftarisAthanasios TsaftarisAgriculture Internationale - L’agriculture grecque a connu ces dernières années un regain d’activité. Quels en sont les principaux moteurs et quelles sont aujourd’hui les filières les plus dynamiques ?

Athanasios Tsaftaris - Dans la crise que nous traversons ces dernières années, notre première préoccupation est le développement des filières qui porteront le fardeau de la reprise économique et de la sortie du pays de la crise. Les filières les plus dynamiques de notre pays sont généralement nos petites productions, que ce soient les cerises d’Edessa (au nord de la Grèce), les oranges de Laconie (dans le Péloponnèse), les pommes de Pélion (dans la Grèce Centrale), les vins grecs, les huiles d’olive grecques uniques, la feta et le yaourt grec, notre tabac aromatique ou le mastic de l’île de Chios etc.

N’oublions pas les richesses de la mer grecque ainsi que les exploitations piscicoles dans le pays. En plus, nous produisons aujourd’hui les 140% de nos besoins en blé dur de haute qualité. Notre pays est également le premier producteur de coton de haute qualité.

A.I. - Ces filières sont-elles suffisamment structurées pour défendre leurs intérêts auprès des industriels et des distributeurs ?

A.T. - À mon avis, la réglementation du marché devrait être en tête de nos priorités. Une ouverture de la chaîne d'approvisionnement à un plus grand nombre d’acheteurs, un accès direct des agriculteurs à la vente au détail, des contrats de production, une gestion des risques et une intervention sur le marché, le cas échéant, constituent des mesures qui pourraient être aussi adoptées au niveau européen. La promotion de l’agriculture contractuelle, qui ouvre le marché à diverses catégories de producteurs et réduit le profit injuste de l'intermédiaire, devrait être une priorité majeure.

La création et le fonctionnement d'un observatoire des prix et d’un site web, où l’on pourrait trouver la marge de profit en ce qui concerne le commerce de gros et de détail, constituerait un bouclier contre des pratiques commerciales déloyales. En même temps, la transparence dans l’étiquetage des produits agricoles et des denrées alimentaires, aidera à un contrôle plus efficace des prix et à la protection de la santé publique.

A.I. - L’orientation que vous avez choisie en faveur de l’innovation et de la qualité a-t-elle porté ses fruits, notamment en matière de visibilité et de pénétration des marchés ?

A.T. - Je suis profondément convaincu que l’agriculture grecque ne peut survivre qu’en mettant en avant ses avantages comparatifs. Nous devons adopter des pratiques innovatrices et durables. Ainsi, nous pourrons également exploiter au maximum les fonds dont nous disposerons afin que notre pays continue dans la voie de croissance. Nous pensons que le savoir-faire est très important en l’agriculture. Notre but est d’appliquer la technologie moderne au secteur primaire et à la transformation des produits alimentaires. Nous voulons créer une agriculture efficace et qui respecte l’environnement.

C’est le moment de profiter de l’intérêt retrouvé du monde pour une agriculture de qualité, une agriculture d’appellation d’origine, une agriculture “mariée“ à la gastronomie, pour une alimentation diététique, saine et équilibrée, une agriculture durable. Et nous recevons des messages positifs. Le taux de croissance des exportations du pays a enregistré la plus grande variation positive de la zone euro, avec en tête les exportations de produits alimentaires. De plus, selon les données du Service des Statistiques des Etats-Unis, les exportations des produits grecs vers les Etats-Unis ont présenté au premier semestre 2012 une augmentation de 21%, et pour la première fois, les exportations grecques vers les Etats-Unis dépassent les importations. L’agriculture grecque est capable de créer, d’évoluer et d’innover.   

A.I. - Quelles productions agroalimentaires bénéficient aujourd’hui de labels reconnus aussi bien au plan national qu’au niveau international ?

fetaA.T. - La qualité des produits agricoles doit être l’instrument qui assure une valeur ajoutée pour les producteurs, garantit la qualité pour les consommateurs et protège le fonctionnement du marché de la concurrence déloyale et des distorsions.  Par produits reconnus et de haute qualité, on entend surtout les produits d’appellation d’origine protégée (AOP) et d’indication géographique.

protégée (IGP), ainsi que les produits issus de l’agriculture biologique ou ceux certifiés par des normes, telle la gestion intégrée. La Grèce compte un grand nombre de produits AOP et IGP, approximativement 250, notamment des vins, des huiles d’olive, des olives, des fromages et d’autres produits. Nous considérons comme important le renforcement de la protection de ces produits par le biais d’un cadre législatif plus efficace et des accords internationaux plus équilibrés qui donneraient une impulsion aux produits de qualité.  

A.I. - Dans quelles proportions avez-vous atteint vos objectifs d’autosuffisance alimentaire et quelle est la situation de vos exportations ?

A.T. - Nous devons nous tourner vers les marchés étrangers avec plus de dynamisme. Le chemin vers la sortie de la crise s’ouvrira grâce à des produits grecs exportables alliant compétitivité et haute qualité. Il faut que les marchés étrangers acquièrent une meilleure connaissance de la richesse et de la haute qualité des produits alimentaires grecs. Nous promouvons le régime méditerranéen, reconnu dans le monde entier. Notre axe principal réside dans l’élaboration d’une politique alimentaire qui mette l'accent sur des produits grecs fiables et sûrs pour le citoyen et leur exportation sur les marchés européens et internationaux.

Je tiens à répéter que le taux de croissance des exportations du pays a enregistré la plus grande augmentation dans la zone euro. Il y a des filières dynamiques, comme les pêches et la pisciculture, dans lesquelles le pays constitue une puissance européenne et internationale. La valeur de notre production de dorades et loups de mer s’élève à 800 millions d’euros, dont 400 millions sont exportés. Nous produisons 140% de nos besoins en blé dur de qualité supérieure. Et nous sommes la première puissance en Europe, dans la production et la qualité de la production du coton.

Huile d'oliveA.I. - Le découplage des aides européennes a-t-il permis une meilleure valorisation des productions?

A.T. - En principe, le soutien à l’agriculture et les subventions directes de la Politique Agricole Commune (PAC) vont se poursuivre au-delà de 2013. L’objectif est que le budget de la PAC et la future structure des subventions soient efficaces et encouragent l’activité productive. Nous avons soutenu à tous les niveaux l’amélioration de la PAC en vue d’une agriculture compétitive et viable. Je dois souligner ici que nous avons besoin des mesures et des fonds de la PAC qui soutiennent l’économie agricole. Nous pensons que l’agriculture en Grèce, comme je l’ai déjà souligné, pour être compétitive, doit investir dans la qualité et la particularité de ses produits. Nous avons lancé un projet de développement pour chaque région, qui s’appuie sur la décentralisation, encourage la qualité, est lié au développement régional global et qui augmente de façon dynamique le financement de la chaîne : production - certification - standardisation - traitement - commercialisation - présentation - promotion des produits.

A.I. - Comment est perçue par agriculteurs et éleveurs grecs la réforme de la PAC proposées par Bruxelles, notamment pour ce qui concerne la convergence entre pays des enveloppes du 1er pilier, le plafonnement des aides par exploitation ou la suppression des DPU fin 2014, remplacés en 2015 par de nouveaux "Droits à Paiements de Base" ?

A.T. - Les agriculteurs grecs sont appelés à s'adapter à une PAC déjà exigeante, à diverses obligations, notamment environnementales, ainsi qu’à un marché européen et mondial ouvert. Ils sont aussi invités à s’orienter vers des productions nouvelles, étant donné que nos produits de base, tel le tabac, ont du mal à survivre. Ils devront également s'adapter à la crise économique, financière et énergétique, qui entraîne l’augmentation des prix des intrants et, par conséquent, du coût de production. De plus, ils sont confrontés à de nouveaux risques, tels le changement climatique et la volatilité considérable des prix et des marchés.

Nous croyons que le budget de la PAC devrait être maintenu à un niveau aussi proche que possible de celui de la période de programmation précédente. De même, l'allocation des ressources ne devrait pas apporter de turbulences dangereuses, mais l’intégration des nouveaux pays devrait être régulièrement effectuée dans le cadre de la solidarité nécessaire. La structure des subventions devrait être simple et la régionalisation devrait répondre aux besoins de chaque région. L'écologisation de la PAC devrait aussi être simple et les obligations en découlant devraient être analogues au potentiel objectif des secteurs et des régions. Les plafonds des subventions directes devraient être obligatoires et moins élevés, et les ressources économisées devraient être redistribuées entre les états-membres.

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