15 Nov 2018

Quelle politique pour les biocarburants ?

Cristal Union, leader français sur le marché des biocarburants Cristal Union, leader français sur le marché des biocarburants
Publié dans Energies
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Avec une production de près de 6 millions d’hectolitres d’éthanol, Cristal Union se positionne désormais comme leader français sur le marché des biocarburants. Jérôme Bignon, chargé des relations avec l’administration française et de l’U.E, s’étonne du revirement de l’Union européenne qui demande, en contradiction avec ses propres directives passées, de réduire de moitié le taux de biocarburant dans les biocarburants.

Jerome BignonAgriculture Internationale - Quelle est la situation industrielle de Cristal Union en matière de production de bioéthanol ?

Jérôme Bignon - La capacité d’éthanol de Cristal Union aujourd’hui est de l’ordre de 6 millions d’hectolitres : 3,5 millions d’hectolitres pour Cristanol à Bazancourt, 1,5 millions hl à Arcis sur Aube, 800 000 hl à Toury. Nous disposons par ailleurs d’une distillerie vinique (Deulep)  dans le Sud de la France. Enfin, nous retraitons des alcools usagés sur le site industriel de Dislaub. Notre production est destinée majoritairement à l’éthanol (près de 4 millions d’hl.).

A.I. - La filière connaît actuellement des difficultés et souffre apparemment d’un déficit de communication. Quelle est votre sentiment sur ce sujet ?

J.B. - Nos investissements ont été réalisés dans le cadre de la directive européenne sur les énergies renouvelables de 2003, reprise en 2009 avec des objectifs contraignants d’incorporation de biocarburant de 10 % base énergie en 2020, et des critères environnementaux sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. En Europe la filière éthanol y a investi près de 8 milliards d’euros, et en France 1 milliard. Cristal Union a pour sa part investi quelque 300 millions d’euros dans son site Cristanol, en association avec des coopératives céréalières.

En octobre 2012, la Commission a proposé de plafonner l’utilisation des biocarburants de première génération à 5% d’ici à 2020, au lieu des 10% qu’elle avait fixés en 2009. Cette décision envoie donc aujourd’hui un signal tout à fait négatif aux investisseurs mais de nombreux Etats membres s’y opposent. Parmi les défenseurs du plafonnement à 5% figurent certains producteurs d’enzymes destinés à la seconde génération et notamment une très importante société danoise, naturellement défendue par la commissaire européenne en charge du climat, elle-même danoise. La filière éthanol française propose un taux de 8%, qui permettrait de préserver les investissements réalisés, et un objectif spécifique de 2 % pour les carburants de seconde et troisième génération.

A.I. - Les constructeurs automobiles ont-ils selon vous accompagné efficacement l’utilisation de biocarburants, dans la conception de leurs motorisations ?

J.B. - En France depuis 2009 un carburant E10, contenant 10 % d’éthanol en volume a été développé, qui représente aujourd’hui près de 30% du marché des essences, avec 40% des stations qui sont équipées. C’est plus difficile avec l’E85, pourtant attractif en prix, mais qui nécessite des voitures « Flex fuel », dans lesquelles on peut utiliser indifféremment de l’E10 ou l’E 85. Mais l’offre de véhicules Flex fuel en France est très pauvre et nous attendons des constructeurs qu’ils la relancent. Mais le problème essentiel est le déséquilibre entre essence et diesel avec une baisse continue des essences, plus de 6 % en 2012. Il est nécessaire de rééquilibrer la fiscalité entre les deux carburants en remontant la TIC sur le diesel. Cela permettrait de faire baisser la demande sur le diesel et ainsi réduire les importations de gazole.

A.I. - Quels sont les atouts agro-énergétiques et environnementaux de la filière betterave ?

J.B. - L’éthanol  est produit localement et rejette  50% de moins de CO2 que l’essence fossile. En France, la filière betterave est encore majoritaire, mais en Europe, c’est essentiellement le blé, qui est la matière première la plus utilisée. La filière blé est moins productive à l’hectare, mais fournit un co produit, la drèche, très riche en protéines. C’est un atout car l’Europe est importatrice nette de protéines. Cristanol fournit donc une ressource locale en protéines non OGM. Le principal avantage de la betterave tient à la régularité de son prix, puisque sa culture est contractualisée, alors que le blé, qui est une commodité, connaît d’importantes variations de prix.

A.I. - La production de Cristal Union répond-elle aux exigences environnementales et de durabilité ?

le sucreJ.B. - Dans l’avenir les unités de production de biocarburant devront présenter de bonnes performances énergétiques et des réductions significatives des émissions de gaz à effet de serre. Notre filiale Cristanol a donc  investi 30 millions d’euros dans une chaudière biomasse qui fournira 40% de la vapeur nécessaire au site. Par ailleurs, Cristanol dispose déjà d’un système de récupération du CO2 issu de la fermentation. Ce CO2 est récupéré par la société Air Liquide et diminue d’autant ses besoins en CO2 d’origine fossile.

A.I. - Qu’attendez-vous aujourd’hui des pouvoirs publics ?

J.B. - Au plan européen nous attendons de la Commission qu’elle soit cohérente avec les politiques menées depuis 2003 et renonce à plafonner les biocarburants de première génération. Au niveau français, les filières ont obtenu un nouvel appel à candidature pour des agréments jusqu’en 2015, agréments qui permettent aux distributeurs de bénéficier d’une réduction partielle de la TIC. L’enjeu est désormais de parvenir à un rééquilibrage entre essence et diesel.

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