22 Jul 2018

Un élevage intensif réhabilité pour assurer un avenir à l’élevage

Les animaux d’élevage FEFAC Les animaux d’élevage FEFAC
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Dans l’Union européenne, les animaux d’élevage consomment annuellement quelque 140 millions de tonnes d’aliments produits par les fabricants d’aliments composés. Représentés par la Fédération Européenne des Fabricants d’Aliments Composés (FEFAC), leurs 21 Associations membres emploient plus de 110.000 personnes sur plus de 4.500 sites de production, réalisant un chiffre d’affaires d’environ 40 milliards d’Euros. Patrick Vanden Avenne, Président de la FEFAC, réagit aux récentes décisions et mesures en faveur de l’alimentation animale et pointe les dispositions propres à dynamiser l’élevage européen.

Agriculture Internationale - Votre ambition exprimée en 2010 de renforcer la compétitivité du secteur européen de l’élevage, notamment au travers d’une extension des missions de la FEFAC en direction de la R&D et de l’innovation, s’est-elle concrétisée ?

Patrick Vanden AvennePatrick Vanden AvennePatrick Vanden Avenne - Oui, grâce à la mobilisation des directeurs scientifiques de nos firmes européennes et avec le soutien des instituts de recherche, nous avons publié récemment par l’intermédiaire d’EUFETEC un Agenda Stratégique pour la Recherche et l’Innovation dans le secteur de l’alimentation animale.

Dans ce document, nous identifions clairement les priorités de recherche au niveau de la nutrition animale pour faire face aux trois défis majeurs pour l’élevage que sont une meilleure conversion des ressources végétales en protéines animales, des pratiques d’élevage économes d’antibiotiques et surtout une réconciliation entre l’élevage et les consommateurs/citoyens par des pratiques socialement acceptables, notamment en terme de sécurité sanitaire et de protection de l’environnement. Encore faut-il que les autorités européennes en prennent toute la mesure et accordent les lignes budgétaires nécessaires, ce à quoi la FEFAC s’attelle.

A.I. - Le nouveau règlement relatif au catalogue des matières premières pour aliments des animaux, entré en vigueur le 19 février, répond-il globalement à vos attentes ?

P.V.A - On l’a vu encore récemment, les consommateurs ne pardonnent pas le manque de transparence. Ce catalogue de matières premières, c’est pour nous un moyen de répondre à cette exigence. Bien entendu, le défi est de taille mais nous avons réussi à mobiliser autour de ce projet nos partenaires de la filière alimentation animale, fournisseurs de matières premières et éleveurs et nous avons pu compter également sur une excellente coopération avec les autorités européennes qui ont le dernier mot sur le contenu.

Alors oui, cette nouvelle version est une réussite, avec des clarifications concernant notamment les huiles et graisses et leurs dérivés ou encore des précisions sur les anciennes denrées alimentaires. Ce catalogue fixe aussi pour la première fois des normes à respecter en matière de présence maximale d’impuretés chimiques provenant de la fabrication des aliments. Bien sûr, tout n’est pas parfait, notamment les problèmes de traduction qui aboutissent à des dénominations regrettables pour la transparence comme « tourteau feed d’extraction ».

A.I. - La réintroduction des farines d’origine animale peut-elle réduire significativement les effets de la grande volatilité des prix des céréales, et partant, préserver la marge des éleveurs ?

P.V.A - Là encore, la terminologie est importante : il est fini le temps des farines animales à base de cadavres d’animaux sommairement traitées: ce dont on parle désormais, c’est de protéines animales transformées, c’est-à-dire un produit fabriqué uniquement à partir de parties d’animaux propres à la consommation humaine et soumis à des traitements draconiens pour assurer leur sécurité sanitaire.

Deuxièmement, ce que les autorités ont décidé, c’est de permettre la réutilisation de protéines animales transformées issues de porcs et de volailles dans les aliments pour poissons. Donc, les seuls à pouvoir éventuellement bénéficier de cette ré-autorisation sont les pisciculteurs européens, sous réserve d’acceptation par les consommateurs et surtout les pisciculteurs des pays tiers puisque qu’on s’attend à ce qu’une grosse part des protéines animales transformées de porc et volaille soient exportées. Il n’y a donc aucun impact positif à attendre sur les cours des céréales ou les marges des éleveurs européens. Et au risque de décevoir, j’ajouterais que, même si les autorités européennes devaient ré-autoriser l’utilisation des protéines transformées de volailles pour nourrir les porcs et vice/versa, les éleveurs européens ne seront pas en mesure de payer le prix que les pisciculteurs des pays tiers peuvent se permettre au vu des cours actuels des farines de poisson. Alors le mot d’ordre à la FEFAC, c’est : pas de fausses espérances et surtout un cadre réglementaire solide, notamment pour les contrôles.

A.I. - Ne craignez-vous pas cependant que le moment ne soit mal choisi et que cette décision de l’UE ne vienne impacter la consommation de produits carnés ?

P.V.A - Il n’y a pas de bons moments pour des annonces si délicates mais il y en a de pires que d’autres ! Le problème, c’est ce télescopage dans l’actualité entre ce scandale de la viande cheval et le symbole historique de la mal bouffe que sont les « farines animales ». Depuis 3 ans que l’on reparle de ré-autorisation dans les couloirs bruxellois, nous avons toujours insisté sur la nécessité d’une bonne préparation médiatique. Pour notre part, nous avons pris nos responsabilités en organisant des discussions entre fabricants d’aliments pour poissons, pisciculteurs et consommateurs. J’ose espérer que cela portera ses fruits et que cela n’affectera pas la consommation de poisson. Quant aux autres viandes, s’il doit y avoir une baisse de consommation, ça ne doit pas être à cause de la ré-autorisation des protéines animales transformées puisqu’elles ne concernent que l’alimentation des poissons.

A.I. - Etes vous parvenu à poser les bases d’un dialogue serein et constructif entre les différents acteurs de l’alimentation animale et de l’élevage, dans le but d’optimiser le dynamisme d’un secteur stratégique, mais fortement concurrentiel ?

P.V.A - Nous partageons je pense avec nos collègues des filières, fournisseurs et clients, un même diagnostic : « la situation est grave, mais pas désespérée ». La rentabilité des éleveurs a été sérieusement affectée au cours des dernières années mais ceux qui s’en sortent sont sans rival dans la performance au plan mondial. La tendance dans l’UE est à restreindre la consommation de produits animaux pour des raisons principalement environnementales mais la demande au plan mondial est à la hausse et la marge de réduction de l’impact environnemental est grande.  Alors oui, je peux dire que plus que jamais il y a dans la filière le sentiment que c’est ensemble que nous pouvons faire face. A ce titre, la Table Ronde la Chaine Alimentaire pour une Production et Consommation Durable  est un exemple de coopération fructueuse entre secteurs de la filière alimentaire. La RTRS  en est un autre. Il n’y a jamais eu autant de dialogue entre secteurs que ces dernières années et la discussion permet de faire converger des visions parfois différentes à l’origine.

A.I. - Quelles dispositions restent encore à prendre, selon vous, afin d’assurer dans la durée la place de l’élevage européen ?

P.V.A - Réhabiliter l’élevage « intensif »! L’élevage intensif a été longtemps diabolisé et accusé de tous les maux : crises sanitaires, pollution, souffrance animale, médiocre qualité des produits. Mais ça, c’est le passé : l’élevage intensif moderne produit aussi sain et aussi propre que l’élevage traditionnel et même mieux si on se rapporte à l’empreinte environnementale par kg de viande ou de lait. L’élevage moderne est aussi de plus en plus respectueux du bien-être des animaux et génère des produits de grande qualité.

Mais surtout il n’y a pas d’autre voix que de produire plus avec moins et ça, l’élevage intensif sait le faire. Pour autant, il doit être aidé : la recherche et l’innovation sont essentielles mais il faut avant tout permettre à nos éleveurs de gagner leur vie dignement. Un rééquilibrage de la PAC entre soutien aux grandes cultures et à l’élevage est plus que jamais nécessaire.

(1-Plateforme technologique européenne de l’alimentation animale, 2-Strategic Research and Innovation Agenda - EUFETEC - Février 2013, 3-Food Chain SCP Round Table, 4-Table Ronde pour un Soja Responsable.)

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