20 Jan 2018

La viande française n’a rien perdu de sa notoriété

Interbev, la viande française Interbev, la viande française
Publié dans Elevages
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L’élevage français fait vivre en France plus de 200 000 éleveurs et présente une balance commerciale positive. Interbev est l'Association Nationale Inter-professionnelle du Bétail et des Viandes. Son rôle est de défendre et valoriser les intérêts communs de l'élevage et des activités industrielles, artisanales et commerciales de la filière. Dominique Langlois, son président, livre ici les résultats de la réflexion menée par l’interprofession et précise ses principales attentes.

Agriculture Internationale - Des 8 grands objectifs qui constituent la feuille de route de l’interprofession, quels sont ceux qui vous paraissent les plus urgents à réaliser ?

Dominique LangloisDominique Langlois - La filière était globalement en crise,  une réflexion globale sur l’avenir de notre filière était donc devenu nécessaire si nous voulions avoir encore de l’élevage demain. Sur les 8 grands objectifs que nous avons définis dans la feuille de route  certains font déjà l’objet d’une réflexion. D’autres sont en phase de mise en place. L’évolution de la PAC est également suivie de très près. D’ici à la fin du mois de juin, nous nous sommes fixés 4 objectifs prioritaires : en premier lieu améliorer l’information du consommateur sur l’origine de la viande et sur ce sujet nous travaillons en étroite collaboration tant avec le ministère qu’avec l’industrie et les distributeurs.

Nous travaillons en second lieu à l’amélioration de la compétitivité sur deux volets : sortir du système de taxe d’abattage et aller vers une contribution volontaire obligatoire (CVO), ce qui nous permettra de réduire considérablement les coûts et ainsi conserver une meilleure maîtrise. Pour le volet compétitivité, nous devons mobiliser tout ce qui peut l’être en faveur du soutien à l’innovation- process et produit, primordiale pour le développement de notre filière, et donc  la R & D, ainsi que l’adaptation des outils industriels. Sur le volet compétitivité, nous attendons d’une part de voir comment nous pourrons avoir accès aux fonds qui seront alloués dans le cadre de la nouvelle banque européenne d’investissement, et d’autre part d’être rassurés quant à l’avance qui est prévue sur le crédit d’impôt compétitivité-emploi dont devraient bénéficier les entreprises connaissant des difficultés.

Une autre de nos priorités est d’avancer très vite sur le volet contractualisation, car il est urgent de donner par ce moyen un signal fort à la production et aux éleveurs. La crise aura ceci de positif, que la demande en viande bovine française augmente, ce qui nécessite des ressources supplémentaires. Sans contrats définissant des règles de paiement et une caisse de sécurisation capable d’amortir des variations trop importantes des prix, les éleveurs ne pourront pas répondre à la demande. Le renouvellement des générations est également un thème sur lequel nous travaillons.

A.I. - Le plan de relance du Gouvernement en faveur de l’élevage  répond-il selon vous aux attentes des éleveurs ?

D.L. - Je pense effectivement qu’il répond aux attentes des éleveurs, en mobilisant tout ce qui peut être un signal incitatif, dans le contexte européen du moment et en premier lieu l’assouplissement des règles afin de les rendre moins pénalisantes pour les éleveurs. Le Président de la République a répété que l’agriculture et l’élevage étaient  des priorités pour le Gouvernement, ce qu’a confirmé  le ministre Stéphane Le Foll. Si l’on ajoute à cette volonté politique l’action de l’interprofession, on peut dire que la mobilisation est totale.

A.I. - L’interprofession en a-t-elle analysé les causes des récentes affaires de fraude à l’appellation et envisage-t-elle une riposte à ce dysfonctionnement  flagrant ?

D.L. - L’enquête judiciaire en cours, mais dès que des suites judiciaires seront données, l’interprofession se constituera partie civile. Nous ne pouvons pas accepter que des opérateurs trompent délibérément le consommateur et mettent à mal une filière qui fait bien son travail. La multiplication des intermédiaires et la complexité du montage signent clairement une volonté de dissimulation.

A.I. - Redoutez-vous que ces affaires nuisent aux exportations de viande bovine française, alors que le Japon vient tout juste de lever son embargo?

D.L. - La levée de l’embargo par le Japon est bien sûr une décision très positive. Nous étions présents au Salon de Tokyo, où nous avons constaté une très forte demande de la part des Japonais, et même si leur cahier des charges est extrêmement pointilleux, ils ont clairement montré leur volonté de travailler avec nous, confirmant ainsi la notoriété de la viande française. Pour ce qui est de  l’impact des affaires évoquées, il est nul, car elles ont été traitées dans la plus grande transparence, y compris au plus haut niveau de l’Etat, ce qui a levé toute ambigüité sur ce qui était mis en cause, à savoir une tromperie commerciale et non pas un problème sanitaire. Désormais, nous espérons effectivement que le cas japonais pourra faire école et aide à faire avancer nos dossiers chinois et coréens.

A.I. - Pointant l’imprécision de l’étiquetage des produits transformés, mais également la décision de réintroduire les farines animales dans l’alimentation du bétail, l’ancien ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire estime que « l’Union Européenne marche sur la tête ». Ces remarques vous semblent-elles fondées ?

D.L. - Je laisse naturellement au ministre la responsabilité de ses propos, mais il est vrai que la décision de Bruxelles d’autoriser à nouveau les farines animales dans l’alimentation des poissons, des monogastriques et de la volaille, ne tombe pas au meilleur moment. Il faut néanmoins ne pas perdre de vue que certains pays le font déjà. Il est toutefois préférable que cette pratique bénéficie d’un encadrement européen. Connaissant la rigueur de l’Union européenne en matière de sécurité sanitaire, on peut supposer que cette décision s’appuie sur l’avis de l’Agence européenne de sécurité sanitaire. Cela étant, je pense néanmoins qu’il serait bon de s’assurer qu’une telle mesure ne va pas jeter à nouveau le trouble dans les esprits.

Si la France adopte cette solution, il sera nécessaire de faire montre de la plus totale transparence en matière d’information du consommateur. Pour ce qui est de l’imprécision de la traçabilité, l’Europe doit en effet se prononcer au plus vite. La crise montre bien que malgré l’opposition des lobbies, on n’échappera pas à une extension de la traçabilité et à la mention d’origine (né, élevé,  abattu) à l’ensemble des produits, d’où qu’ils viennent. L’exigence du consommateur en la matière est un pré requis légitime et incontournable.

A.I. - La spécificité des conditions et des contraintes de l’élevage permettra-t-elle selon vous que soit accordée à ce secteur stratégique davantage de souplesse dans la mise en œuvre, si nécessaire,  du principe de subsidiarité, consacré par l’article 5 du traité sur l’Union Européenne ?

D.L. - Il faut que la question de la subsidiarité soit prise en compte. La réglementation européenne est très complexe et un des freins le plus souvent évoqué par les producteurs est bien la complexité des réglementations et le nombre des normes qui leur sont imposées. Il faut bien sûr des règles, mais il faut aussi abandonner un système basé sur la suspicion et accorder un minimum de confiance aux professionnels en tenant compte des spécificités de leurs métiers. Bruxelles établissant des règles applicables par le plus grand nombre et dans 27 pays, chaque  Etat membre ou territoire doit pouvoir, en passant du général au particulier, adapter ses productions en fonction de ses spécificités, de ses opportunités et de son potentiel.

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