15 Nov 2018

L’aquaculture européenne, En quête de reconnaissance

Federation of European Aquaculture Producers Federation of European Aquaculture Producers
Publié dans Elevages
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Créée par les producteurs pour les producteurs, la FEAP (Federation of European Aquaculture Producers) représente 26 associations ou Fédérations nationales aquacoles présentes dans 22 pays européens. Elle représente donc légitimement le secteur aquacole européen, où elle est active dans les comités consultatifs officiels (CCPA(1), AHAC(2). La FEAP a aussi un statut officiel auprès de la FAO. Très impliquée dans les programmes de RTD(3), elle permet par ailleurs la circulation de l’information au sein de la profession et facilite le positionnement et la promotion des actions des associations nationales.

Arnault ChaperonA.I. - Quels sont les atouts les plus significatifs de l’aquaculture européenne ?

Arnault Chaperon* - Le principal atout est que l’aquaculture européenne se situe par définition en Europe et que l’Europe est un marché extraordinaire pour les produits de la mer et de l’eau douce - le plus important au niveau mondial. Ce marché est d’ailleurs très courtisé par les autres continents puisque nous importons plus de 70 % des produits de la mer que nous consommons. Nous offrons également une grande variété d’aquacultures, de l’intensif à l’extensif et sur différentes espèces, ainsi qu’une recherche qui est à la pointe du secteur. Sans oublier les savoirs faire accumulés par les professionnels depuis des décennies dans ce secteur.

A.I. - Quelle est la situation actuelle du secteur ?

A.C. - Le paradoxe, c’est que nous avions tout pour réussir mais que depuis 15 ans nous sommes le plus mauvais de la classe en comparaison des autres continents. L’aquaculture européenne stagne, voir régresse, alors qu’elle se développe dans le reste du monde. Une étude récente du Parlement Européen conclut que c’est la législation Européenne, concernant notamment l’environnement, qui a contribué à cette stagnation. L’aquaculture marine progresse pendant que l’aquaculture en eau douce régresse. Bien sûr, nous tenons compte de la crise financière en Europe mais on ne peut pas croire qu’une augmentation continuelle des importations soit une réponse durable.

A.I. - L’organisation de la filière, de l’amont à l’aval, répond-elle aux impératifs de volumes et de prise en charge de la production nécessaires à son développement ?

energies renouvelablesA.C. - Les industries amont, comme les fabricants de l’aliment pour poissons sont devenues des industries mondiales et elles ont su se développer avec l’aquaculture des autres continents. Concernant l’industrie aval, elle est très performante. Devant la baisse des quotas européens de pêche et le non-développement de l’aquaculture intracommunautaire, elle a su s’adapter et importe maintenant une très grande majorité des produits qu’elle transforme. Néanmoins, une tendance vers une transformation en dehors de l’Europe est à considérer.

A.I. - Quels sont les principaux obstacles à son développement ?

A.C. - C’est un sujet complexe mais dans les grandes lignes, nous demandons une vraie stratégie de développement de l’aquaculture au niveau européen et au niveau national : Le ‘Level Playing Field’(4). Les aquaculteurs européens n’ont pas peur de la concurrence mais ils veulent que les règles soient les mêmes pour tous, sur les aliments et leurs composants, la traçabilité et la sécurité alimentaire, les règles de compétition qui doivent être identiques pour tous, les règles en agro-industrie, le bien-être animal, l’environnement, les conditions de travail, l’information du consommateur car il n’est pas normal qu’un produit décongelé soit vendu au rayon frais sans une information suffisante une réglementation plus souple et plus réactive. Une grande question existe sur l’approbation des licences d’exploitation, dont les conditions découragent plutôt qu’elles n’encouragent les investissements. Il faut 6 mois en Norvège pour une licence, contre 2 à 3 ans en Europe.

A.I. - La dernière conférence « l’Aquaculture en mouvement » a-t-elle pu trouver des éléments de réponses à la question : « Comment stimuler le développement de l'aquaculture européenne » ?

A.C. - Cette première Conférence a été un vrai et réel succès et les conclusions ont été reprises par Maria Damanaki notre Commissaire Européenne lors d’une réunion organisée en Galice le mois suivant. Ces conclusions remettent chacun en face de ses propres responsabilités et elles sont les suivantes :

Au niveau Européen :

• Comprendre, promouvoir et mettre en œuvre le Level Playing Field(4).
• Décider de l'information que veut le consommateur et dont il a besoin.
• Simplifier et harmoniser les règlements qui entravent les responsabilités des différentes DG (Mare, Sanco, Env(5) ...).
• Respecter la spécificité de l'aquaculture.
• Créer des protections afin de progresser, notamment sur la santé des poissons et la lutte contre les prédateurs.

Au niveau national:

• Efficacité des plans nationaux de développement stratégiques. (Nous avons hâte de voir la feuille de route !).
• Accès à l'espace.
• Planification réaliste, simplification des licences.
• simplification de la réglementation.
• Accroître la surveillance de réduire la fraude et les apparences trompeuses.

Au Niveau des producteurs et des transformateurs :

• Produire des produits sains et durables (en supposant que les éléments précédents soient résolus).
• Une meilleure organisation au sein de la profession - davantage d’organisations de producteurs, des structures plus coopératives, de meilleurs services.
• Utiliser les connaissances et l'innovation pour construire rentable avantage concurrentiel.
• Investir dans de meilleures installations et renforcer les compétences.

Au niveau des ONG :

• Reconnaître le développement durable de l'aquaculture.
• Comprendre le rôle de l'aquaculture européenne.
• Comprendre les différences entre les systèmes et les espèces.
• Travailler ensemble de manière constructive avec les professionnels.

Au niveau des organisms de recherche :

• Afin d’atteindre les objectifs élaborés par EATIP(6) :
• Une recherche significative au bénéfice de la profession.
• Accroître la compétitivité.
• Développer des aliments pour poissons qui fassent de l'aquaculture le producteur d'aliments le plus efficace.
• Développer une technologie de pointe et des systèmes respectueux de l'environnement et économiquement viables.
• Améliorer la santé et le bien-être permettant d’élever des animaux aquatiques vigoureux et de haute qualité.

A.I. - Quelle est la position de l’interprofession quant à la réintroduction des protéines d’origine animale dans l’alimentation des poissons ?

A.C. - Dés lors que la Commission Européenne et l’EFSA nous ont donné toutes les garanties quant à la qualité de ces protéines, il est clair que la profession, toujours dans un contexte de durabilité, souhaite pouvoir réintroduire ces produits dans les intrants possibles de l’aliment pour poissons. Pour nous, cela va dans le sens de la durabilité car cela baisse le fort déficit protéique Européen, améliore le fameux FISH IN- FISH OUT de l’aquaculture européenne, améliore la compétitivité de nos éleveurs dans un contexte ou les frontières européennes sont ouvertes à tous les produits halieutiques qui ne respectent pas les règles européennes, améliore le bilan Carbonne de notre production en favorisant des produits locaux plutôt que des produits qui ont traversé la planète. Cela étant dit, le sujet demeurant très sensible, certaines fédérations nationales vont laisser du temps au temps pour convaincre les consommateurs du bienfondé de cette décision européenne.

(* Président de la FEAP / (1)Comité consultatif de la pêche et de l'aquaculture / (2)Animal Health Advisory Committee / (3)Research and Technological Development / (4)environnement dans lequel toutes les entreprises d'un marché donné doivent suivre les mêmes règles / (5) Environnement : Affaires maritimes et pêche, Santé et consommateurs ... / (6) European Aquaculture Technology and Innovation Platform).

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