28 May 2018

Madame Aziza Htira, Président directeur général du CEPEX - Tunisia Export (Centre de Promotion des Exportations)

Publié dans Dossiers
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Madame Aziza Htira, Président directeur général du CEPEX - Tunisia Export

Agriculture Internationale : Quels sont les missions, les moyens et les prérogatives du CEPEX ?

Aziza Htira : Le CEPEX s’est forgé au fil des années la réputation d’une institution orientée vers la satisfaction de ses clients offrant des prestations de qualité qui répondent à juste titre aux attentes des exportateurs. Pour ce faire, le CEPEX s’est attelé à instituer un ensemble de mécanismes et procédures de Management pour faire converger tous ses services vers une seule et unique finalité : la satisfaction de ses clients.

Cette démarche, devenue désormais coutume, ne déroge pas à cette règle de processus d’amélioration continue par l’instauration d’un appareil de procédures qui ambitionne de garantir tous les éléments de réussite aux candidats au commerce transfrontalier. Cependant, la principale richesse dont le CEPEX peut s’enorgueillir réside dans ses ressources humaines, considérées comme la force de frappe de cette institution d’appui et de soutien aux exportateurs tunisiens dans leur effort de conquête de parts de marchés à l’international.

Cette démarche, aussi stimulante qu’ardue, à laquelle s’inscrivent, avec panache, pas moins de 6000 entreprises décidemment résolues à intégrer ou consolider la présence de leurs produits dans les étalages des centres commerciaux un peu partout dans le monde, devrait astreindre les structures d’appui de l’Etat, en l’occurrence le CEPEX, à accompagner efficacement un appareil exportateur Tunisien hétéroclite à tous les stades de maturité à l’export, où l’on distingue clairement les chevronnés aux portefeuilles bien meublés et les novices n’ayant jamais ou peu flirté avec l’environnement du commerce international. Une mission dont le CEPEX s’est acquitté avec abnégation grâce à un personnel qualifié à la détermination intacte, toujours plus proche des exportateurs et constamment enclin à mettre en contribution son savoir-faire et son expertise des marchés internationaux et à affilier massivement  les candidats au business transfrontalier dans son programme promotionnel voué à consacrer les priorités nationales et les orientations stratégiques de l’Etat en matière de promotion des exportations.

Outre son prolifique programme promotionnel à l’étranger où l’on recense pas moins de soixante actions équitablement réparties entre participations dans les foires et salons internationaux et missions d’Hommes d’affaires à l’étranger, le CEPEX met à la disposition de ses clients un large éventail de prestations et mécanismes touchant à l’intégralité de la chaine de valeurs du process de soutien, à savoir l’appui technique, logistique et financier. Le CEPEX focalise son action sur une seule et unique finalité: la satisfaction des PME qui sollicitent ses services à travers un large éventail de prestations innovantes. En parallèle, il s’évertue à faire adhérer un plus grande nombre d’entreprises exportatrices ou potentiellement exportatrices dans sa dynamique d’exploration continuelle des opportunités d’affaires aux quatre coins du globe.

Ses multiples attributs font du CEPEX le point focal vers lequel se tournent les candidats au business transfrontalier, en quête d’assistance et de conseil à tous les stades du process de l’exportation. Le champ d’intervention est pourvu d’une palette pléthorique de prestations aussi bien qualitatives que quantitatives.

AI : Quels sont les principaux axes stratégiques de votre politique export ?

AH : L’histoire remonte au début des années 70 où la Tunisie, alors jeune République, venait de se donner un tournant décisif à son économie, encore embryonnaire, en instaurant un socle de mesures et de lois pour stimuler les investissements et développer un tissu industriel significatif reposant sur les PME. Cette orientation stratégique ambitionnait de faire de l’exportation son cheval de bataille pour asseoir son nouveau modèle économique reposant sur l’atténuation du déficit de la balance commerciale et la création d’emplois massifs.

Pour ce faire, l’Etat avait institué une série de mesures et de législations dont le fameux code des investissements de 1972 et sa pléthore de mesures incitatives à l’investissement tant bien local qu’étranger, et aussi, par la création d’une belle brochette d’organismes d’appui,  notamment le CEPEX, une année plus tard, pour apporter  le soutien technique et singulier dans l’accompagnement de ces jeunes PME aussi bien en amont qu’en aval de ce long et laborieux processus jusqu’à tenter l’aventure de l’export. Toujours en haut des priorités de tous les plans de développement qui se sont succédé, l’exportation ne cesse de s’affirmer comme le pilier sur lequel repose le modèle économique tunisien. Un défi qui place le CEPEX au devant de la scène pour embellir les indicateurs du commerce extérieur de la Tunisie et conférer à l’exportation une place plus importante dans le modèle économique tunisien.

S’appuyant sur des atouts indéniables qui la placent en bonne position pour devenir une plateforme de choix pour l’exportation des biens et services non seulement dans son espace régional mais un peu partout dans le monde, la Tunisie a réussi, de tout temps, à s’adapter aux exigences de la demande internationale en misant essentiellement sur l’éducation, la formation et l’ouverture culturelle. Son emplacement géographique exceptionnel fait d’elle un carrefour des échanges entre les deux rives de la méditerranée et une porte d’entrée vers le marché de l’Union européenne. Cet avantage prend tout son sens avec l’intégration à la zone de libre échange avec l’Union Européenne, devenue effective à partir du 1er janvier 2008. Depuis, le volume des échanges extérieurs de la Tunisie a connu un bond significatif, aussi bien pour les importations que pour les exportations, pour atteindre 70 milliards de Dinars (environ 35 milliards d’Euros) avec un taux de croissance annuel moyen de 4% enregistré durant les 5 dernières années.

De toute évidence, l’Union Européenne et ses 500 millions de consommateurs, demeure le principal partenaire économique et commercial de la Tunisie. Elle accapare la part de lion de nos échanges extérieurs avec plus de 70% ; cependant, une nette volonté de diversification de nos marchés s’affirme d’une façon ostensible traduisant une vision politique prospective pour faire du « Made in Tunisia » un label reconnu dans les quatre coins du globe.

Ce faisant, la Tunisie a réussi à mettre sur le marché international un assortiment d’environ 5900 produits disséminés dans 159 destinations export. L’Etat s’emploie avec ardeur à mettre en œuvre les dispositions nécessaires qui sont à même de concrétiser cette vision stratégique en multipliant les partenariats économiques à travers une approche bi-dimensionnelle. D’une part, en élargissant le champ des accords bilatéraux et multilatéraux où l’on récence à ce jour plus d’une vingtaine entre accords d’associations, accords de libre échange et système généralisé de préférence, et d’autre part, en donnant un coup d’accélérateur aux actions promotionnelles et d’accompagnement des entreprises tunisiennes, ordonnées par le CEPEX, sur des marchés encore inexploités où l’on jouit d’une bonne réputation et d’un fort potentiel d’exportation pour nos produits et services.

AI : Quelle place occupe le secteur de l’agroalimentaire dans la balance commerciale de la Tunisie ?

AH : Le secteur agricole et agroalimentaire se prévaut comme l’interface de l’offre tunisienne à l’exportation de part son rôle de catalyseur de la croissance et de modérateur de la balance commerciale alimentaire. Les deux produits phares du secteur, à savoir l’huile d’olive et les dattes, dépassent leur caractère intrinsèque de « simples produits de consommation » pour symboliser une « identité entière d’un pays » et véhiculer une valeur culturelle et historique millénaire. En outre les produits de terroir dont la Tunisie jouit de privilèges géographiques, naturels et climatologiques, elle a su développer au fil des années une industrie de transformation des produits alimentaires aux normes et standards internationaux qui lui permet non seulement d’assurer un approvisionnement respectable de son marché local mais de s’affirmer comme un exportateur régulier à l’offre pléthorique et diversifiée.

Cette notoriété à l’exportation acquise au prix de l’accommodation aux dernières technologies agronomiques grâce à une politique de partenariat public-privé qui consacre les synergies entre les centres de recherche et l’entreprise à travers les 64 laboratoires et 270 unités de recherche dédiés à la discipline des sciences de la vie et de la biotechnologie. Cette politique a permis aux entreprises tunisiennes de gagner des galons en matière de compétitivité et de qualité des produits. On dénombre aujourd’hui 1064 entreprises (18.5% du tissu industriel tunisien) dont 199 entreprises totalement exportatrices et 166 à participation étrangère.

Si la Tunisie est parvenue aujourd’hui à ce niveau de distinction, c’est notamment grâce à l’embrassement des normes internationales de qualité couvrant l’aspect sanitaire, organoleptique, technique et qualitatif. Cette vision stratégique, conjuguée à des facteurs climatiques favorables, a porté ses résultats en accordant à la Tunisie le leadership mondial dans l’exportation de dattes et d’huile d’olive pour l’année 2015. Les exportations du secteur ont bondi de 78% en 2015 par rapport à l’année écoulée pour un chiffre d’affaires total de 4008.9 DTN. Cet élan de progrès et de développement continu qui fait de la recherche son cheval de bataille, a permis à la Tunisie de mouvoir avec fluidité vers l’agriculture Bio et de se positionner comme un fournisseur régulier de l’UE et des Etats-Unis.

AI : Quels sont aujourd’hui les productions agroalimentaires les plus prometteuses de votre catalogue Export  et leurs destinations privilégiées?

AH : Les produits biologiques s’imposent comme le créneau le plus porteur du secteur. Ils sont parvenus à décrocher, haut la main, la reconnaissance du marché de l’Union européenne, réputé d’être l’un des plus exigeants  à l’échelle internationale. La Tunisie a réussi à accéder naturellement au club très fermé des pays accrédités en tant qu’exportateurs biologiques sur le marché de l’UE. De surcroit, elle est  reconnue à un niveau «équivalent» avec l'Union Européenne et la Suisse en matière de production biologique, une distinction exclusive pour un pays africain.

Elle jouit également de la reconnaissance de la Confédération Helvétique au niveau du système de contrôle des produits bio. Tous ces facteurs réunis, ont permis à la Tunisie d’acquérir un savoir-faire considérable et de monter substantiellement dans la chaine de valeur de la filière bio devenue une « industrie » d’exportation par excellence. Environ 80 % de la production est destinée à l’exportation où l’on recense  plus de 60 produits exportés vers les 5 continents. Autre filière qui recèle de grandes perspectives d’exportation, la culture géothermique. La Tunisie demeure parmi les pionniers mondiaux dans cette filière grâce à un intérêt particulier porté sur ce secteur d’une grande contribution dans le développement du Sud tunisien, particulièrement la région de Gabès (Sud Est).

Le chauffage des serres au moyen de la géothermie a été essayé pour la première fois en Tunisie au cours de l’année 1978 à partir d’un puits de surface dans la parcelle expérimentale de l’Institut National Agronomique de Tunis à Mornag.  Une deuxième expérience a été entreprise en 1983 dans la région de Chenchou à Gabès dans le sud tunisien. Ces expériences ont montré de réelles possibilités d’exploitation des eaux géothermiques pour le chauffage des serres. L'agriculture géothermique participe à la quasi-totalité des exportations de primeurs à destination de l'Europe et des pays du Golfe. Les fruits et légumes qui utilisent des eaux chaudes entre 40 et 70°C permettent une augmentation de 25% des primeurs de qualité.

AI : Ces productions sont-elles selon vous suffisamment soutenues ?

AH : Officiellement instituée depuis 1999, l’agriculture biologique en Tunisie fait partie intégrante de la politique agricole du pays. Elle s’est affirmée, au fil des années, comme pilier de l’exportation des produits agricoles et agroalimentaires. L’Etat a engagé depuis un ensemble de mesures substantielles, des encouragements et une organisation spécifique de toute la filière afin de garantir la durabilité du secteur et donner de la fiabilité aux produits biologiques de Tunisie. La Tunisie peut se vanter d’être parmi les pionniers en Afrique et dans le monde arabe à se doter d’une réglementation sur l'agriculture biologique.

L’Etat a accrédité 5 organismes de contrôle et de certification reconnus à l’échelle internationale à l’instar d’ECOCERT, IMC, LACON, DEMETER pour certifier les produits bio locaux en coopération avec le centre technique de l’agriculture biologique et le centre régional de recherche en Horticulture et en Agriculture Biologique. La superficie des terres agricoles biologiques en Tunisie est estimée à 220 mille hectares couvrant principalement les filières de l’oléiculture, l’arboriculture fruitière et forestière, les cultures maraîchères et fourragères… La  Tunisie est classée 2ème en Afrique et 24ème à l’échelle mondiale au niveau des superficies des cultures biologiques sur 141 pays.

AI : Quels types d’outils – notamment de veille, d’accompagnement, de promotion et d’assurances – mettez-vous à disposition des entreprises exportatrices ?

AH : Les performances intrinsèques seules de nos produits et services en termes de qualité et authenticité ne sont reconnus et distingués en tant que tels qu’en vertu d’une stratégie marketing et d’un effort inlassable de recherche d’opportunités à l’export qui prend en considération les orientations stratégiques du gouvernement et les soubresauts de la conjoncture économique et sécuritaire. Dans cette optique, le CEPEX se dresse clairement comme la clé de voute de cet élan promotionnel à l’international et l’explorateur des opportunités d’exportation pour les produits tunisiens susceptibles d’abreuver les étales des supermarchés à l’étranger.

Le CEPEX est doté d’une pleïade de programmes et de mécanismes qui visent à soutenir les PME dans des actions à caractère promotionnel ou des activités qui ambitionnent le renforcement de la fonction export au sein de l’entreprise à tous les stades des transactions commerciales. L’intervention du CEPEX s’opère à deux niveaux :

- Tout d’abord, à travers une assistance directe en s’inscrivant dans les actions du programme annuel du CEPEX qui varie entre l’événementiel à l’étranger, les journées d’information thématiques, les rencontres de mise en relation, les cycles de formation,...etc. Mais également, en bénéficiant du conseil personnalisé et des mécanismes d’intervention administratifs.

- Ou bien à travers un appui financier pour soutenir des actions ponctuelles opérées individuellement ou collectivement par les entreprises ou groupements professionnels.

AI : Avez-vous noté un élargissement des destinations de certains de vos produits agroalimentaires, par exemple vers l’Union européenne ?

AH : Outre l’huile d’olive, où le statut de la Tunisie n’est plus à démontrer (1er exportateur mondial en 2015) et où elle a réussi à investir des marchés peu familiers à l’instar du Brésil, les Etats-Unis et le Canada. Il y a lieu de souligner les prouesses réalisées par les exportations de dattes tunisiennes à travers les 4 coins du globe.

Cette frénésie de la demande internationale s’est accrue grâce aux changements majeurs au niveau des habitudes de consommation à l’échelle mondiale et à une attirance de plus en plus forte vers l’exotisme culinaire notamment par la montée du marché ethnique un peu partout dans le monde. Ces facteurs conjugués ont favorisé la croissance des exportations de ce fruit, domaine dans lequel la Tunisie détient la palme des pays exportateurs avec près de 223 mille tonnes exportées en 2015 vers 57 pays, répartis sur les cinq continents, dont notamment le Maroc, la France, l’Italie, les USA et la Malaisie. Ces exportations concernent notamment la variété DegletNour, emblème des dattes tunisiennes, les dattes communes et biologiques ainsi que celles destinées à l’industrialisation.

Les autres filières ne sont pas en reste. Les produits alimentaires de Tunisie continuent de briller un peu partout dans le monde et gagner l’estime des importateurs les plus exigeants grâce à une politique qui vise la qualité, le respect des normes et standards internationaux et l’accommodation aux exigences de la demande internationale.

AI : De quelle façon s’articulent ou se complètent vos services avec ceux délivrés parallèlement par l’UTICA et la DCRI ?

AH : Naturellement impliqué dans toute action ou démarche ayant trait à l’exportation, le CEPEX s’évertue à nouer des partenariats  multi-acteurs dans le cadre d’échange d’expertise, de partage mutuel d’informations, de programmes de développement communs ou de projets/actions spécifiques à caractère promotionnel et publicitaire. De par sa vocation d’organisme public  offrant des services singuliers au profit du secteur privé, et d’acteur institutionnel incontournable dans la mise en place et l’exécution des stratégies export, le CEPEX interagit avec son environnement dans une démarche de concertation et de partenariat à bras-le-corps et œuvre de concert avec ses partenaires institutionnels et privés, en particulier l’UTICA, dans la prise des décisions stratégiques et orientations générales du devenir des exportations tunisiennes.

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