15 Nov 2018

l’IPEMED s’efforce de rapprocher, par le biais de l’économie, les deux rives de la Méditerranée.

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Depuis sa naissance en 2006, l’IPEMED s’efforce de rapprocher, par le biais de l’économie, les deux rives de la Méditerranée. Jean-Louis Guigou, son président, brosse ici un état des lieux de ses travaux, de ses attentes et de ses objectifs.

Jean-Louis-GuigouAgriculture Internationale - Quelles sont les missions, les prérogatives et les moyens dont dispose l’IPEMED ?

Jean-Louis Guigou - L’Institut de Prospective Economique du Monde Méditerranéen (IPEMED) est un think tank euro-méditerranéen, constitué en association loi 1901 depuis sa création en 2006. L’Institut que j’ai fondé est financé par des entreprises, des subventions publiques et des particuliers qui partagent ses valeurs. Fervent défenseur de la construction de la région méditerranéenne dans son ensemble, l’IPEMED est convaincu du rôle déterminant de l’économie dans ce domaine. Sa mission statutaire, reconnue d’intérêt général, consiste à rapprocher, par l’économie, les pays des deux rives de la Méditerranée et ainsi œuvrer à la prise de conscience d’un avenir commun et d’une convergence d’intérêts entre les pays du Nord et du Sud de la Méditerranée.

A.I. - En termes d’échanges économiques entre les deux rives de la Méditerranée, quels sont les principaux  points de convergences et les principales faiblesses que vous avez identifiés, et quelles mesures, quels outils ou axes politiques spécifiques seraient à même, selon vous, d’établir une plus grande fluidité ainsi qu’une meilleure équité dans ces échanges ?

J-L. G. - Sur le plan commercial, la dépendance extérieure des pays de la rive sud de la Méditerranée pour l’alimentation se situe à un niveau très élevé, impliquant de forts déficits commerciaux et une réelle insécurité alimentaire. C’est le cas par exemple des céréales, et plus particulièrement du blé ; produits stratégiques pour lesquels nous devons penser des mécanismes de coopération adéquats tenant compte des complémentarités, des atouts et des potentiels des différents pays de la région. Dans cette optique, la solidarité Nord-Sud, Sud-Nord et Sud-Sud devrait s’opérer selon deux axes : 

- La mise en place de dispositifs de co-développement de la production locale au moyen de la construction de chaînes de valeurs agroalimentaires durables – ce que nous avons appelé, dans un rapport de 2014, le « co-développement de filières territorialisées »

- La sécurisation des approvisionnements.

A.I. - Quels sont les principaux défis auxquels doivent faire face les PSEM, en termes de productions agricoles, d’accès à l’alimentation et de progrès ruraux ?

J-L. G. - Avec l’insécurité alimentaire en Méditerranée, nous sommes en présence d’un « méta-problème », d’envergure macrorégionale, de caractère polysémique et systémique. Les défis sont bien connus : la hausse de la demande alimentaire (125 millions de bouches supplémentaires d’ici à 2050), l’abandon progressif de la diète méditerranéenne et son impact sur la santé des consommateurs, la vulnérabilité des systèmes agricoles face à la raréfaction des ressources et au changement climatique, etc. Il ne faut pas non plus sous-estimer les tensions à venir sur le marché du travail, car il faudra créer 66 millions d’emplois entre 2015 et 2030 et 71 millions entre 2030 et 2050, soit plus de 5 millions par an pour absorber l’augmentation de la population en âge de travailler dans les PSEM !.

Ceci implique, dans chacun des pays, d’améliorer de manière simultanée la résilience des populations rurales, des systèmes agricoles et alimentaires face à des crises d’ordre environnemental, mais aussi économique, social, et politique. Cette vision intégrée nous oblige à plaider pour une politique ambitieuse et équilibrée en matière d’aménagement du territoire et d’être à l’affut des dynamiques de terrain (émergence de « circuits-courts », valorisation de savoir-faire locaux, etc.) : en un mot, il faut sans cesse, dans les PSEM, comme au Nord, réintroduire de la modernité et de l’innovation dans le milieu rural.

A.I. - Quelles pratiques agronomiques et culturales sont les mieux adaptées à une concrétisation de l’autosuffisance alimentaire dans les pays de la rive Sud de la Méditerranée ?

J-L. G. - Nous avons souligné, à plusieurs reprises dans nos travaux, les limites des deux modèles existants, à savoir le système traditionnel (agriculture familiale), générateur de « trappes de pauvreté », d'une part, et le modèle agro-industriel dominant, spécialisé et globalisé. Nous pensons qu’il faut donner la priorité à de nouveaux modèles de production agricole durables et inclusifs qui redonnent au rural et aux zones péri-urbaines un rôle central et protéiforme. Des initiatives intéressantes sont menées à l’échelle locale, comme nous avons pu le constater à la MEDCOP Climat ou à la COP22.

L’une, en particulier, a fait l’objet d’un encart spécifique dans notre dernière publication : la «Songhaï Leadership Academy » récemment fondée par Godfrey Nzamujo avec l’appui de l’AFD, à partir de son expérience de la « ferme-mère» créée en 1985 au Bénin et suivie de 13 centres similaires au Nigéria, au Libéria et au Sierra Leone. Pourquoi ? Parce qu’elle illustre le potentiel de projets de « bioéconomie agroalimentaire circulaire territorialisée », misant sur une triple proximité : proximité dans l’écosphère, en « reconnectant » les filières végétales, animales et forestières selon les préceptes de l’agro-écologie, rapprochement entre agriculture et industries alimentaires et réorientation de la demande alimentaire vers une offre locale plus abondante et variée, de qualité plus aisément vérifiable.

A.I. - Où en est aujourd’hui le projet de fondation « La Verticale Afrique-Méditerranée-Europe » initié par IPEMED, et  donne-t-il les résultats escomptés, notamment pour ce qui concerne le fond  de dotation envisagé dès 2015 ?

J-L. G.- Le projet de fondation La Verticale Afrique – Méditerranée – Europe constitue l’un des programmes de travail de l’IPEMED. Il s’agit de promouvoir l’idée que la régionalisation du « quartier d’orange» Afrique – Méditerranée – Europe est une perspective réaliste. La fondation a reçu le soutien d’institutions internationales, de chefs d’Etat et de grandes entreprises industrielles. Tous ont compris l’intérêt de cette intégration Nord/Sud qui valorise la proximité et la complémentarité de nos économies.

A.I. - Quelles sont désormais les conditions nécessaires à une transition agricole et alimentaire dans ces pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée et de quelle boite à outil dispose l’IPEMED pour concrétiser cette transition ?

J-L. G. - Au sein de l’IPEMED, nous plaidons pour une transition agricole et agro-alimentaire concertée en Méditerranée, et demain, au sein de la grande région « Afrique – Méditerranée – Europe ». Cela passe par un travail de plaidoyer, mais aussi de co-construction de solutions : avec nos partenaires, nous réfléchissons à la mise en place d’une plateforme collaborative, mais nous travaillons également sur la mise en place d’un label méditerranéen pour les produits emblématiques de la diète méditerranéenne, en particulier le blé dur, l’huile d’olive et la vigne. L’ensemble nos chantiers sont librement consultables sur le site internet de l’IPEMED et ouverts à toute collaboration !

A.I. - Quels sont les prochains chantiers prioritaires de l’Institut ?

J-L. G. - L’avantage de l’IPEMED est d’avoir une vision pluridisciplinaire des enjeux en Méditerranée. Nous oeuvrons ainsi pour une prise de conscience des interactions entre « eau-énergie-déchets », etc. Pour les mois à venir, vous voulons consolider cette approche « nexus », opérationnaliser nos travaux sur le co-développement de filières agro-alimentaires territorialisés, par le biais de l’Observatoire de la coproduction, et poursuivre notre construction de la « Verticale de la sécurité alimentaire ».

Site Internet : http://www.ipemed.coop/fr/

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