28 May 2018

L’arboriculture, améliorer la mise en valeur de ses produits

FNPF, Producteurs de Fruits. FNPF, Producteurs de Fruits.
Publié dans Cultures
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La Fédération Nationale des Producteurs de Fruits, FNPF, représente et défend les intérêts de l’ensemble de la filière fruits en France depuis 1946. Elle dispose pour cela de 34 antennes départementales et de 4 associations spécialisées par produit (cerise d'industrie, kiwi, raisin de table). Pour Luc Barbier, son président, si la campagne 2013 a effectivement été retardée par les mauvaises conditions météo, c’est bien davantage d’une compétitivité insuffisante qu’elle souffre, notamment à l’exportation, en raison de coûts de production très élevés.

Luc BarbierLuc BarbierAgriculture Internationale - Comment qualifieriez-vous ce début d’une campagne 2013 qui a été  fortement perturbée par des conditions climatiques difficiles ?

Luc Barbier - On peut la qualifier d’atypique, c’est le moins qu’on puisse dire. Bien sûr, cela est d’abord dû aux conditions météorologiques, plus que climatiques. Un hiver très long et surtout un mois de mai compliqué affectant directement la division cellulaire, avec beaucoup de fraîcheur, beaucoup de pluie. Nous n’avons pas souffert de gelées, sauf sur une petite couronne méditerranéenne, sur de petites surfaces et de petits volumes de pêches et d’abricots très précoces. Par contre, le développement des fruits souffre globalement d’un retard pouvant aller, selon les régions, de 15 à 25 jours. A titre d’exemple, nous avons 20 jours de retard sur la campagne cerises et pratiquement la même chose pour la pêche et l’abricot.  Cela nous inquiète un peu, car nous ignorons comment vont réagir les marchés à cette arrivée tardive des produits.

A.I. - La disponibilité des fruits à noyaux sera-t-elle plus particulièrement impactée ?

L.B. - Pas en termes de volumes, même si nous sommes un peu en-dessous des prévisions annoncées durant le MEDFEL concernant la pêche et la nectarine. Au niveau européen de gros orages de grêle ont anéanti la récolte grecque, mais en France, nous sommes dans nos prévisions, à quelques pour-cent près. Nous avons donc les volumes, mais ils sont en retard.

A.I. - L’arboriculture française bénéficie-t-elle d’une organisation des filières suffisamment structurée pour lui permettre de rentabiliser au mieux - en France et à l’export- des productions ne disposant que d’une période restreinte de commercialisation ?

L.B. - A l’export, les fruits à pépins reprennent l’avantage qu’ils avaient perdu dans les années ’90 - 2000. Nous reprenons aujourd’hui ces parts de marchés , dans un marché mondial en croissance. Nous avons aujourd’hui des produits haut de gamme et reconnus comme étant de haute attractivité qualitative à l’exportation. La situation est un peu plus délicate pour ce qui concerne les fruits à noyaux de France, essentiellement exportés à l’intérieur de l’Union européenne et plus particulièrement vers le Royaume-Uni et les pays d’Europe du Nord, qui apprécient la qualité de nos produits.

Parallèlement nos collègues espagnols, qui ont su produire à bas coûts, exportent davantage en direction de l’Europe de l’Est. Aujourd’hui, la France ne bénéficie pas encore de la structure de verger capable de répondre à ces marchés. Ce verger français bénéficie néanmoins d’un vrai différentiel de compétitivité, par rapport à ses concurrents. Notre principal compétiteur, c’est le bassin méditerranéen. Or nous ne pouvons rivaliser, en termes de compétitivité, ni avec la Turquie, ni avec le Maroc ou la Tunisie, ni même avec l’Espagne ou l’Italie.

Nous devons donc nous différencier par la valeur de nos produits. Globalement, le pourtour méditerranée - hors France - s’il est bien sûr capable de faire de la qualité, est seul capable de produire du volume à bas coût, pouvant être exporté vers l’Ukraine, la Russie, etc. Ces marchés nous sont pour l’instant difficilement accessibles en raison de nos coûts de production, mais nous devons nous efforcer d’y remédier, notamment en augmentant nos productions, car c’est le couple volume-prix qui fait le résultat.

A.I. - Comment se traduisent les recherches et les analyses du CTIFL en termes d’orientations de productions et d’optimisation des débouchés sur les marchés ?

L.B. - Aujourd’hui, le processus est plutôt inversé et c’est le CTIFL qui est à l’écoute de la production et répond aux attentes des producteurs. Si on parle marchés, les études qui sont menées par le CTIFL sur le marché français et la segmentation produit « fruits » permettent de constater que le fruit a plutôt une bonne image auprès du public. Le consommateur a conscience qu’il faut en manger, mais il a du mal à manger des fruits en public.

Il mange plus facilement une barre chocolatée dans le métro, qu’il ne croque une pomme,  ce qu’il fait pourtant facilement à la maison. Pourtant le côté « plaisir » du fruit existe et il faut  le renforcer car jusqu’à présent, nous n’avons pas été très bons pour développer ce côté plaisir du fruit. Voilà pour le volet marketing. Au plan des recherches, aujourd’hui la mission qui a été confiée au CTIFL consiste à essayer de d’amener sur les marché des produits qui répondent aux attentes des consommateurs.

A.I. - Quelles orientations en matière de pratiques culturales permettent de mettre en phase productivité et contraintes agroenvironnementales ?

L.B. - Il faut d’abord rappeler que pour nous,  le plan Ecophyto 2018 n’a aucune réalité technique et ne correspond à aucune attente de la société, en dépit du « buzz » médiatique dont on a voulu l’habiller. Son unique justification est de nature politico-politicienne : on pensait qu’en présentant un tel projet, on allait s’attirer les bonnes grâces des écologistes, et on le croit encore aujourd’hui. Pourtant, la situation des marchés montre bien que la consommation demeure liée au coût des produits, bien plus qu’à leur origine bio, ou non bio.

Par contre, l’origine France continue d’avoir une bonne image auprès du consommateur, sans doute conscient du travail effectué par les producteurs français, notamment en matière  de protection de l’environnement, grâce à leur grande technicité. Ce qui m’amène à répéter qu’il est nécessaire d’investir davantage dans la recherche, qui fait aujourd’hui figure de parent pauvre, avec l’innovation, de l’action politique.

A.I. - Quel bilan faite-vous des principaux chantiers mis en place en 2012 et quelles sont les attentes de l’interprofession qui demeurent encore insatisfaites ?

L.B. - La Caisse de solidarité sanitaire évolue bien, puisqu’on va intégrer le FMSE* dès qu’il sera agréé, et même si subsistent quelques difficultés relationnelles avec l’Etat. Même type de problème de vision politique au sujet du dispositif d’aide à la rénovation du verger, aujourd’hui victime d’une politique de coupes budgétaires systématiques et dénuées de toute justification stratégique. Le développement du verger est pourtant l’axe prioritaire de notre compétitivité dans le secteur fruit.

Nous nous battons au quotidien pour tenter de sauver des lignes budgétaires, mais ce n’est pas simple ! Pour ce qui est de l’interprofession, elle travaille aujourd’hui, sous l’impulsion de Bruno Dupont son nouveau président, sur de nouveaux projets, comme par exemple les choix statutaires. Il est trot tôt pour savoir quelle orientation précise sera prise. Pour ma part je me réjouis qu’on considère désormais l’interprofession davantage comme un outil technique que comme une instance politique.

Nous devons également affiner notre approche commerciale et voir comment coordonner les messages de l’ensemble de la filière auprès de nos parlementaires. Par ailleurs, l’ouverture aux autres syndicats est en discussion. Enfin, nous devons travailler également sur la partie industrie et transformation, car l’arboriculture doit marcher sur deux pieds. Pour cela, il faut que les industriels comprennent que le produit a un prix et que nous comprenions aussi les contraintes de l’industriel. Je pense que l’arboriculture aura un avenir quand on saura construire de vraies filières ensemble. Nous y travaillons quotidiennement et ça avance.

* Fonds de mutualisation des risques sanitaires et environnementaux.

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