24 Sep 2018

l’ANIA (Association nationale des industries alimentaires)

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Publié dans Agroalimentaire
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Première industrie de France, l’ANIA (Association nationale des industries alimentaires) représente aujourd’hui 17 647 entreprises alimentaires regroupées en 20 fédérations nationales sectorielles et 20 associations régionales, qui empoient  427 213  salariés et génèrent un chiffre d’affaires de 172 milliards d'€, ce qui en fait la première industrie de France. Aujourd’hui, les industriels de l’alimentaire doivent faire face à une augmentation  dangereuse des prix des matières premières d’origine agricole d’une part et d’autre part à une guerre des prix entre distributeurs tendant à tirer les prix des produits vers le bas. Jean-Philippe Girard, président de l’ANIA depuis 2013, répond à quelques-unes des grandes interrogations du moment.

Jean-Philippe-GIRARDAgriculture Internationale - Dans le contexte actuel d’un marché mondial favorisant une concurrence féroce de la part des sources d’approvisionnement en matières premières agricoles, quelle est la marge de manœuvre, en termes de stratégie, de moyens ou de prérogatives, dont dispose l’ANIA pour maintenir la compétitivité des 17 647 entreprises agroalimentaires qu’elle représente ?

Philippe Girard - L’industrie alimentaire française a un énorme potentiel et de grands atouts. Elle exporte déjà en 2016 pour 44,2 Milliards d’euros de produits, positionnant la France dans le monde comme le 4ème pays exportateur de produits agroalimentaires derrière les Etats-Unis, l’Allemagne et les Pays-Bas. Son excédent commercial est positif avec 7,2 milliards d’euros. Les principaux contributeurs à cette balance commerciale sont les vins, les spiritueux, les produits laitiers et les produits céréaliers. Au regard de l’évolution de la consommation des produits alimentaires sur le marché français, l’export apparaît comme un levier de croissance incontournable pour développer l’activité agroalimentaire. Le développement de l’activité et de l’emploi en France passe donc aussi par une plus grande ambition au niveau international. Aujourd’hui, les deux tiers des exportations sont réalisées par des entreprises de plus de 250 salariés. Le potentiel des PME-TPE qui constituent 98% du tissu agroalimentaire français est immense. Les produits français bénéficient en plus d’une excellente image à l’international.

Cette bonne image des produits agroalimentaires français est favorisée par une innovation continue, multiforme (technologique, organisationnelle, packaging…) et souvent incrémentale (adaptation du produit aux goûts du consommateur). L’IAA est ainsi le secteur qui compte le plus d’entreprises innovantes (61% vs 53% dans l’ensemble de l’industrie) et 70% d’entre elles sont présentes à l’export. L’innovation et l’export sont deux deux leviers de compétitivité fondamentaux et largement complémentaires pour les IAA françaises.

A.I. - Les grands rendez-vous internationaux  permettent notamment de confronter régulièrement l’ensemble des innovations, des tendances ou des progrès  réalisés en matière d’alimentation. Ces événements sont-ils selon vous des aiguillons poussant à affiner ses stratégies globales en tenant compte par exemple des premiers frémissements tendanciels, et donner ainsi les bonnes orientations en termes de productions et de cibles d’exportations, ou permettent-t-ils plutôt de maintenir fermement la barre d’une culture nutritionnelle bien ancrée et forte du marché qui la soutient ?

P.G. - L’industrie alimentaire adapte en permancence son offre pour répondre aux multiples besoins des consommateurs qui évoluent. L’offre doit à la fois répondre à des nouvelles aspirations tout en préservant certaines attentes plus traditionnelles. Lors d’un projet export, l’entreprise doit se poser la question de l’adaptation de ses produits aux goûts et aux modes de consommation du marché à conquérir.

A.I. - On assiste depuis plusieurs années à une amplification apparemment incontrôlable de la volatilité des prix des matières premières, dont l’impact affecte d’autant plus durement les  producteurs  que les centrales d’achats en intègrent librement la perspective dans le cadre de la guerre des prix à laquelle se livrent les enseignes de la grande distribution. De quels outils dispose l’ANIA pour éventuellement pallier le phénomène et aider les industriels à en atténuer les conséquences ?

P.G. - Aujourdh’ui, la baisse des marges et la baisse de compétitivité de la filière agroalimentaire française ont trois causes majeures : la hausse conjoncturelle des prix des matières premières, la guerre des prix et des promotions dans la grande distribution et la pression fiscale. Les prix des matières premières se maintiennent à des niveaux très élevés depuis le milieu des années 2000. La part des achats de matières premières représente près de 55% du chiffre d’affaires de l’industrie alimentaire. Pour certaines industries de la première transformation, cette part peut aller jusqu’à 80%. En face de cette pression, et surtout de l’extrême volatilité des cours internationaux, la guerre des prix à la consommation se poursuit. Ainsi, depuis octobre 2013, on observe une déflation cumulée de près de 4%. A cette tension vient s’ajouter une pression fiscale considérable pour l’industrie alimentaire qui a vu les impôts sur la production et les charges sociales progresser respectivement de 10% et 13% depuis 2010. 

L’ANIA a formulé et a adressé aux candidats à la présidentielle 12 propositions destinées à renforcer la compétitivité des entreprises agroalimentaires dobnt certaines visant à encourager la création de valeur tout au long de la filière :

1. Repenser le cadre réglementaire des relations commerciales (LME) en partant d’une approche « filière alimentaire »
2. Faire appliquer la loi, toute la loi
3. Questionner le droit de la concurrence

A.I. - La France est passée en quelques années du deuxième au quatrième rang mondial des exportateurs agroalimentaires. Quels éléments ont selon vous induit ce phénomène et quelles mesure permettraient d’en renverser la tendance ?

P.G. - Malgré des savoir-faire reconnus de tous et des produits de très grande qualité, nous observons en effet que la France perd des parts de marché à l’export. A la deuxième place en 2004, la France est passée à la quatrième place des exportateurs de produits alimentaires en 12 ans. La France fait figure d’exception européenne avec une valeur ajoutée qui a décroché, une pression fiscale très importante et une tension sur les prix sans commune mesure. 

Il demeure donc necessaire de créer les conditions d’une croissance rentable pour les industriels, via plusieurs leviers de compétitivité qui font également partie des propiositions de l’ANIA aux candidats à la présidentielle :

1. Supprimer les taxes inutiles et mettre en place un moratoire sur la fiscalité comportementale. La France possède en effet 33 taxes spécifiques à l’agroalimentaire, soit 3 fois plus qu’en Allemagne ou en Italie. Six milliards d’euros sont ainsi payés chaque année par les entreprises agroalimentaires au titre de la fiscalité.
2. Coordonner les différentes réglementations sanitaires et environnementales au niveau européen et éviter la surtransposition et la surrèglementation.
3. Redonner des marges de manœuvres aux acteurs économiques et relancer les exportations en :
I) réduisant le coût du travail et transformer le CICE en baisse de charges sur les salaires : les charges sur les salaires représentent en effet 33% du coût du travail en France contre 22% en Allemagne.
II) maîtrisant le coût de l’énergie. La fiscalité ébergétique a progressé de 12% sur les 5 dernières, en lien avec une accélération des taxes sur l’électricité et le chauffage.
III) modernisant l’outil de production et en relançant les exportations via notamment l’amélioration de la lisibilité des dispositions de soutien à l’investissement et à l’innovation et la mise en place d’un guichet unique des moyens humains et financier.

Site Internet : https://www.ania.net

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