28 May 2018

La brasserie allemande entre tradition et modernité

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Publié dans Agroalimentaire
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La DBB Deutschen Brauer-Bundes représente l’industrie brassicole allemande. Le Dr. Hans-Georg Eils, son président, se félicite de la bonne santé de ce secteur, soulignant que  l’ouverture des marchés a modifié la branche de façon positive,  en offrant davantage d’opportunités aux bières allemandes.

Agriculture Internationale - Quelle est la situation de la production allemande de bière et de ses exportations ?

Dr Hans Georg EilsDr Hans Georg EilsDr. Hans-Georg Eils - Avec 1341 brasseries et près de 5000 bières brassées selon le décret de pureté allemand (Reinheitsgebot), l’industrie brassicole allemande, qui se caractérise par des petites et moyennes entreprises, est unique dans le monde. Synonyme de qualité et de tradition, la bière allemande est un bien culturel très apprécié en Allemagne et à l’étranger. La demande en bières allemandes augmente en Europe et en outre-mer, comme en témoignent les chiffres d’exportation en constante progression depuis des années. Actuellement, 15 %  du volume de bière produit en Allemagne est exporté et il existe un potentiel de croissance.

A.I. - Quelle est la tendance à moyen terme et quels en sont les facteurs ?

H-G.E. - Au cours des 30 dernières années, la structure de la population, la vie et les habitudes de consommation se sont considérablement modifiées. La population allemande vieillit et boit moins. Les jeunes travaillent dans d’autres secteurs d’activité, ont un comportement de sortie différent et se retrouvent confrontés à une offre beaucoup plus vaste de plats et de boissons. Cela implique un léger recul des ventes de bière allemande et de toutes les autres boissons alcoolisées. Mais la consommation annuelle de bière par habitant occupe toujours le haut du classement mondial, avec 107 litres de bière, juste après la République tchèque. Le recul de la consommation s’élève à 1 à 2 % par an depuis trois décennies.

Les conditions météorologiques constituent également un facteur d’influence à court terme. En effet, un bel et long été peut atténuer le recul des ventes ou même avoir une incidence positive, tout comme les grandes manifestations nationales. La Coupe du monde de football de 2006 a par exemple réuni des fans de football du monde entier, également grands amateurs et consommateurs de bière.

A.I. - Quelles catégories de produits sont les plus porteurs ?

H-G.E. - Avec près de 30 sortes de bières différentes, les brasseurs allemands ont des bières pour tous les goûts, et, très important, proposent des produits adaptés aux habitudes de consommation et aux différentes régions. Au cours des dernières décennies, les Pils, l’Export la plus forte et les Weizenbier se sont imposées à l’échelle suprarégionale. La Pils dispose d’une part de marché de plus de 50 %, suivie par l’Export avec 10 % et la Weizenbier avec 8 %. Nous retrouvons ensuite les cocktails à base de bière, les bières blondes et les bières sans alcool.

brasserieQuantitativement, les spécialités de bière régionales, telles que la Kölsch, l’Altbier et la Schwarzbier, jouent un rôle mineur sur le marché national de la bière, mais elles contribuent à la diversité du paysage brassicole et sont très demandées dans certaines régions. Les habitants s’identifient à « leur » bière en fonction de la tradition brassicole et des habitudes de consommation de leur région et y accordent une valeur toute particulière en ces temps de crises économiques. Les valeurs statistiques ne reflètent donc pas toujours le succès ou l’échec d’une bière.

A.I. - La diversification des habitudes de consommation conduit-elle le secteur à accentuer ses efforts en termes d’innovation et de nouveaux produits ?

H-G.E. -Les brasseurs allemands allient tradition et modernité. Si leur compétence clé reste le brassage d’une boisson légèrement alcoolisée, ils ont le nez fin pour déceler les changements d’habitudes et les nouveaux souhaits des consommateurs. Cela se traduit par l’introduction de nouveaux produits, également sans alcool, mais aussi par des coopérations avec des brasseries étrangères, qui visent à développer de nouveaux canaux de vente et créer de nouvelles recettes de bière. Nous avons assisté, il y a quelques années, à l’apparition de panachés aux parfums extrêmement divers, de bières sans alcool tout aussi variées et, plus récemment, de boissons rafraîchissantes. Les derniers groupes de produits proposent, par ailleurs, des saveurs acidulées à souhait.

De petits brasseurs étoffent actuellement l’offre disponible sur le marché avec de nouvelles créations brassicoles et des bières légèrement houblonnées. Il est de plus en plus répandu de prendre de la bière en apéritif ou en digestif. Ces mesures et d’autres devraient permettre à la bière allemande de se réintroduire au cœur de la société.

A.I. - Quelles sont les principales conséquences des difficultés d’approvisionnement en orge brassicole et que préconisez-vous pour y pallier ?

H-G.E. -Il est sûrement exagéré de parler de difficultés fondamentales. Nous avons suffisamment de surfaces d’orge brassicole en Europe. Il est tout à fait normal que l’offre soit peu abondante lorsque les récoltes sont plus faibles du fait des intempéries. Par ailleurs, l’acquisition d’orge brassicole est réalisée par les malteries. La représentation directe des brasseries sur les marchés agricoles est donc marginale. Néanmoins, il est vrai que la concurrence s’est énormément intensifiée autour des terres agricoles, et plus particulièrement en Allemagne. Des alternatives à la culture se présentent aux agriculteurs, surtout avec les subventions versées dans le domaine de l’agroénergie, et ils les mettent à profit. Par conséquent, les surfaces d’orge brassicole ont diminué de moitié en dix ans. L’agriculture allemande ne couvre que la moitié du besoin des brasseries nationales, si bien que l’orge brassicole doit être importée des pays voisins, par exemple de France ou du Danemark.

Les brasseurs allemands aimeraient au moins stabiliser la culture en Allemagne. Certaines entreprises poursuivent donc des stratégies relatives aux matières premières, lesquelles englobent l’agriculture. Il est également de plus en plus courant que des modèles de contrat soient utilisés pour l’achat des matières premières. Ces modèles couvrent un besoin sur plusieurs années, offrant aux fournisseurs primaires une demande durable. Des discussions ont régulièrement lieu au niveau de la fédération avec l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Nous élaborons actuellement des concepts, qui doivent permettre de stabiliser la culture d’orge brassicole allemande en tenant compte de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.

A.I. - L’ouverture des marchés a-t-elle modifié le paysage du secteur brassicole, notamment par l’entrée de nouveaux pays producteurs ?

H-G.E. - Le marché brassicole allemand est fortement concurrencé, mais il reste intéressant pour les brasseries étrangères. L’ouverture des marchés leur permet d’introduire des bières sur le marché allemand. Nous constatons que certaines d’entre elles ont trouvé leur place sur le marché allemand, sans jouer toutefois un rôle de premier plan. Les amateurs de bière allemands aiment les découvertes, mais une grande majorité d’entre eux restent attachés à la bière allemande. Naturellement, chaque marque supplémentaire est une concurrence. Mais cela incite les brasseurs allemands à s’imposer au sein de ce marché ouvert, en étendant et en soulignant les qualités de nos bières. Pour conclure, nous pouvons dire que l’ouverture des marchés a modifié la branche, mais de façon positive. Cela nous offre davantage d’opportunités de vendre nos bières allemandes et de les différencier des bières étrangères grâce au critère de qualité « Reinheitsgebot » et au slogan « Made in Germany ».

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